LES HOMMES ET L’ « OUVERTURE »

ouverture

On dit souvent des hommes qu’ils ont du mal à « s’ouvrir », à exprimer leurs sentiments verbalement et à s’autoriser à être émotionnellement vulnérables. La conséquence de cette réserve psychologique est que les hommes souffrent plus facilement des nombreuses maladies liées au stress. On les dépeint comme incapables de communiquer ouvertement avec leur femme et d’établir avec des amis hommes des rapports autres que superficiels. Jusqu’à un certain point, ces affirmations terribles sont justes. Malheureusement, les hommes ne se lient pas avec leurs pairs aussi facilement qu’ils le souhaiteraient. Certains hommes ne dialoguent pas « intimement » aussi souvent que le fait leur femme. Et en fin de compte, ceux qui refusent de reconnaître leurs peurs profondes souffrent, beaucoup plus que ceux qui expriment leurs sentiments plus aisément, de stress. Mais c’est que la solution n’est pas simple : il ne suffit pas de dire que les hommes devraient « s’ouvrir » davantage. Par exemple, ceux qui se plaignent d’angoisses engendrées par leur vie professionnelle et qui n’ont pas les qualités spécifiques leur permettant d’y faire face ont tendance à vivre des tensions encore plus grandes. En fait, les stratégies le plus fréquemment recommandées pour y faire face mettent l’accent sur la nécessité de devenir « plus dur », plus efficace, et non d’être « plus doux » ou de s’extérioriser davantage. Les hommes n’ont pas de difficultés à exprimer leurs sentiments en général. Ce qui leur est difficile, c’est d’exprimer certains sentiments — ceux qui dévoilent leur tendresse ou leur vulnérabilité. Les hommes peuvent être passionnés et extrêmement spontanés même lorsqu’il s’agit de ces sentiments, à condition qu’ils considèrent le contexte comme « héroïque » dans un sens ou un autre. C’est pourquoi les athlètes et les soldats pleurent librement, car ils ont le sentiment d’être dans ce cadre « héroïque » où les questions de courage et d’honneur l’emportent. Les femmes croient parfois qu’elles désirent voir les hommes exprimer l’éventail complet de leurs émotions. Mais notre expérience auprès d’hommes, de femmes et de couples nous a montré que les femmes aspirent à ce que les hommes soient plus ouverts et expriment davantage leurs sentiments amoureux à leur égard — et non pas qu’ils expriment le spectre complet de leurs émotions. Face à un homme trop ouvert, trop vulnérable, une femme se sent parfois déconcertée. Lorsqu’un homme montre sa souffrance, cela réveille chez la plupart des femmes de fortes angoisses. Elle a l’impression que l’homme a brutalement violé un pacte, brisé un accord tacite, révélé sa faiblesse et, pis encore, qu’elle est censée y remédier. Les femmes savent qu’on ne peut pas trouver, chez un homme, à la fois une expression émotionnelle intense et un esprit d’entreprise d’égale force ; il s’agit plutôt d’un compromis entre les deux. r Les hommes répugnent à se montrer trop émotifs et vulnérables, en règle générale. Mais beaucoup, de nos jours, se permettent d’être plus spontanés, de se dévoiler davantage, mais de façon sélective. Ils découvrent qu’ils s’enrichissent en révélant à leur partenaire leurs pensées et leurs sentiments profonds et, également, que leurs enfants tirent un profit du fait de voir leur père comme une personne réelle et non pas comme un personnage à deux dimensions. De plus, les hommes commencent à apprendre que, dans le domaine du travail, les peurs réprimées deviennent toxiques et nuisibles. Dans leur grande majorité, les hommes préfèrent l’action à l’expression émotionnelle. Cela ne signifie pas qu’ils continueront à être des étrangers silencieux auprès des femmes qui les aiment. Celles-ci aideront les hommes à s’ouvrir quand elles comprendront ce que « s’ouvrir » signifie pour eux. Lorsqu’elles comprennent et acceptent ces forces qui dictent aux hommes leurs choix en matière de manipulations affectives, ils les apprécient infiniment.