LA SEXUALITÉ : UN DÉGUISEMENT QUI PERMET L’INTIMITÉ

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Les hommes, ayant encore tant de mal à exprimer de manière directe leurs émotions et leurs besoins, peuvent les communiquer par des moyens détournés. La sexualité, traditionnellement, a été pour les hommes un mode d’expression et la voie qui les conduit au contact. Très souvent, ce que l’on prend, chez un homme, pour de la passion, du désir et de la sexualité est en fait un moyen, à sa portée, pour se rapprocher d’une femme. Avant la révolution sexuelle, on croyait dur comme fer que la pulsion sexuelle était plus forte chez les hommes que chez les femmes et qu’ils étaient esclaves de leur sexualité ardente. « L’obsession du sexe » chez un homme était normale, saine, un fait biologique ; tout simplement les hommes avaient davantage besoin de sexe que les femmes. Nous en savons plus long maintenant : en matière de libido, hommes et femmes arrivent à égalité. En outre, même dans le passé, la pulsion sexuelle mâle n’était pas ce qu’elle semblait être. En remontant plusieurs siècles en arrière, on s’aperçoit que la soif apparente de conquête sexuelle chez le mâle cachait un désir plus profond : l’envie d’un contact physique et émotionnel, autrement dit un désir d’intimité. Ce qui explique tout cela : la façon dont les attitudes des garçons, face à l’expression de leurs émotions, se forment dans l’enfance. Les garçons pleurent, éprouvent de la tendresse, connaissent aussi des moments où ils sont soumis à une émotion totalement incontrôlée, mais, à la différence des filles, ils paient, par la gêne et la honte, ces expressions affectives. Dès leur jeune âge, on leur apprend à cacher leurs émotions, cela fait partie de la maîtrise qu’ils sont censés acquérir. Les expressions physiques de leurs sentiments sont elles aussi plus accessibles aux filles et plus acceptables. Plus à l’aise dans des situations d’intimité, les filles sont plus libres d’explorer et de satisfaire leurs besoins de contact physique et d’affection. Les garçons ont tout autant besoin de rapports d’intimité, mais les voies qui leur sont permises pour l’exprimer se rétrécissent avec l’âge. Toute mère a vu son fils s’écarter lorsqu’elle voulait l’embrasser tendrement sur la joue, de crainte qu’on ne le prenne pour un « bébé » ou une « fille ». Et plus d’un père a senti son fils se dégager d’une étreinte, au cours d’un jeu, lui faisant savoir ainsi qu’il est « trop vieux pour ça ». Par conséquent, le contact physique qu’un garçon vit dans le contexte autorisé et agressif du sport ou de la lutte peut être en fait le seul qu’il puisse avoir pendant des années. Pas étonnant qu’il soit si enthousiaste quand il atteint l’âge des expériences sexuelles ! Le sexe, d’une part, prouve la masculinité de l’homme et, en même temps, lui permet de satisfaire sa soif d’intimité. La peur caractéristique que la femme exprime par un : « Il ne s’intéresse qu’à mon corps », est souvent pleine d’à-propos. Le besoin d’affection physique accumulé par un homme se traduit souvent ainsi. Mais sa sensualité agressive ne signifie pas nécessairement qu’il ne veut que le sexe. Les manifestations de désir sexuel cachent fréquemment l’envie d’un rapport plus profond. Certains hommes recherchent le sexe pour satisfaire leur besoin d’intimité, mais d’autres redoutent leurs besoins émotionnels et leur désir de dépendance, se révélant parfois pendant l’acte. Certains fuient le sexe complètement à cause de leurs peurs et d’autres montrent une indifférence subite à l’égard de leur partenaire alors qu’ils viennent de faire l’amour passionnément et avec une grande intensité d’émotions. Ce renversement soudain semble nier le sentiment ; ce n’est qu’une apparence ; en réalité, il s’agit d’une tentative délibérée pour ne pas ressentir quelque chose. C’est une réaction provoquée par des émotions trop intenses qui mettent l’homme mal à l’aise. Les hommes qui se détournent rapidement d’une femme après avoir fait l’amour ne sont pas nécessairement froids ou insensibles — ils peuvent vouloir cacher le conflit intérieur qu’a réveillé en eux l’intimité qu’ils viennent juste de connaître. Marc, trente-six ans, fait preuve d’une lucidité peu courante par rapport à ce trouble profond. « Chaque fois que j’étais sexuellement impliqué avec une femme, elle me reprochait de m’endormir tout de suite après. Je n’ai été capable de me l’expliquer que très récemment. Quand je fais l’amour, je fais vraiment l’amour : je me sens tendre, j’ai envie de faire plaisir, même d’aimer. C’est comme si je pouvais me permettre de ressentir tout cela quand je suis au maximum de la passion, m’autorisant à m’abandonner et même à pleurer. Mais tout de suite après, tout ce que j’ai ressenti, c’est “ trop ” — c’est comme si je me sentais obligé de me marier —, comme si la beauté de l’acte exigeait que je m’engage. Alors je m’endors : c’est ma manière à moi de supporter cette confusion de sentiments. » On ne peut pas, si l’on veut être juste, qualifier Marc d’insensible, même si son comportement le fait singulièrement paraître ainsi. Ce qui est en jeu ici, c’est le facteur de Polarité : lorsque Marc devient trop proche d’une femme, c’est pour lui un signal évident qu’il doit retourner à l’état de séparation. D’autres hommes qui redoutent un attachement trop fort nient leur peur en se laissant aller à l’obsession de la conquête sexuelle. Pour eux, la conquête sexuelle est, au fond, un désir de rapprochement et de lien avec une femme. Cet appétit sexuel insatiable est en réalité le déguisement d’un homme assoiffé d’amour ! Et, parce que ce besoin n’est pas reconnu, jamais admis, jamais exprimé, le soi- disant don Juan se sent rarement aimé ou comblé. C’est pourquoi il se sent tellement vide, car s’il ne cesse de séduire les femmes, l’une après l’autre, c’est pour les fuir ensuite. Ce que le don Juan veut et ce dont il a besoin désespérément, c’est d’un contact émotionnel avec une femme, mais les peurs qui chez lui entourent ce désir sont tellement profondes qu’il ne peut s’autoriser à les reconnaître. En général, le don Juan a eu une mère inconstante dans son amour : parfois tendre et même séductrice, mais à d’autres moments froide et distante. A cause de ce mélange de désir et de peur qui a caractérisé son rapport à sa mère, le besoin affectif qu’il a d’une femme est associé chez lui à un sentiment aigu d’angoisse, et il sent la menace d’un danger réel. Son envie de chaleur et d’attachement, engendrée par les promesses de sa mère mais jamais satisfaite, le pousse à faire fi du danger et à partir, constamment, en quête d’une femme. Redoutant de se permettre de l’aimer pleinement et d’en avoir besoin, il limite ses rapports à une conquête sexuelle : il s’autorise un rapport apparemment étroit avec elle sans pour autant qu’il soit intime. Heureusement, hommes et femmes évoluant, il est moins besoin de cacher des sentiments aussi fondamentalement humains que le désir de chaleur et d’affection. De plus, les hommes prenant davantage conscience du fait que leur sexualité peut, de plusieurs manières, cacher d’autres motivations, ils augmentent leurs chances de nouer une amitié avec une femme, directement et honnêtement.