Devenir l’amie de son amant

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Les hommes aussi bien que les femmes craignent que l’installation d’une véritable amitié au sein d’une relation amoureuse n’annonce une dangereuse perte d’excitation et d’érotisme. Notre culture a tendance à souligner cette peur en établissant malheureusement des distinctions très nettes entre ce qui est du domaine de l’amitié et ce qui est du domaine de la séduction. Alors qu’en réalité il est tout à fait possible à des amants d’être amis et vice versa. Si vous devenez l’amie de votre amant, cela ne signifie pas nécessairement la mort de la passion ; en fait, cela ajoute une dimension supplémentaire importante à la relation. Le plus souvent, la passion s’éteint à la suite d’une lente accumulation de blessures et de ressentiment. La facilité de communication et le bien-être qu’on trouve dans une forte amitié constituent un remède efficace contre les malentendus et la souffrance. Lorsque deux personnes sont amies, elles se comprennent mieux. Lorsque des amants sont aussi de bons amis, ils ont la possibilité d’utiliser cette compréhension mutuelle pour accroître la passion plutôt que la réduire. Les amants qui sont des amis ont quelque chose à se dire après avoir fait l’amour. Et ils ont cette ouverture et cette acceptation réciproques qui les amènent à désirer faire l’amour.

Celle qui prend l’initiative

Cela fait neuf mois maintenant que Caroline et Hugues se fréquentent. Au cours du mois écoulé, il a glissé des phrases du style : « Quand nous serons un vieux couple » et « pendant notre voyage de noces », mais il ne parle pas directement de cela et ne se déclare pas. Caroline, trente-quatre ans, a failli plusieurs fois lui demander de se prononcer, mais elle est décidée à attendre qu’il le fasse de lui-même. « Après tout, j’ai pris un tas de risques et proposé énormément de choses dans cette relation, je vais lui laisser le soin de faire tout seul la proposition de mariage. » En fait, si Caroline n’avait pas pris l’initiative très souvent après sa rencontre avec Hugues, trente-cinq ans, il y a peu de chances qu’ils se soient vraiment connus. Caroline avait opéré un revirement total deux ans auparavant et, de ce fait, son attitude envers les hommes et son comportement dans une relation amoureuse s’en étaient trouvés radicalement changés. « C’était pendant une soirée. J’étais arrivée avec une amie, et je regardais tous ces couples qui se parlaient, les hommes allant vers les femmes pour engager la conversation, les femmes se présentant aux hommes. J’enviais vraiment celles qui faisaient les premiers pas. Toute la semaine je m’étais sentie amère et victime, injuriant ce type avec lequel j’étais sortie deux ou trois fois et qui ne m’appelait plus ; je me demandais ce que j’avais bien pu faire pour qu’il change de cette façon. « Le vendredi soir, j’étais restée chez moi, me désolant de ne pas être invitée quelque part. Et je me suis mise à repenser à tous ces moments où j’avais attendu que des hommes me téléphonent, et je leur en voulais. En regardant les gens au cours de cette soirée, je réalisai que je prenais rarement l’initiative avec les hommes. J’attendais qu’ils viennent vers moi et, si celui qui me plaisait ne me parlait pas, je rentrais chez moi déprimée. J’attendais aussi d’un homme qu’il programme tout, qu’il prenne vraiment tout en main, que ce soit lui qui décide où nous irions dîner et même quand il me verrait à nouveau. Je me rendis compte que j’en voulais aux hommes de me donner le sentiment d’être une victime, alors qu’en fait c’était ma passivité qui faisait de moi une victime. » Caroline commença à faire elle-même certains gestes. Et ce ne fut pas toujours drôle. « J’ai découvert très vite ce que les hommes devaient supporter. Il m’était très difficile parfois d’aller vers un homme — disons à mon club de gymnastique — et d’engager la conversation ou de lui dire : “ Echangeons nos numéros de téléphone et voyons si nous pouvons aller ensemble au cinéma la semaine prochaine ” ; et je me sentais terriblement mal à l’aise quand il ne réagissait pas. Mais j’ai fini par rencontrer quelques hommes intéressants avec lesquels je suis sortie, et ça, parce que j’avais fait le premier pas. Et je me suis sentie plus forte, plus équilibrée. » Hugues suivait un cours d’initiation à l’écriture à l’université, auquel Caroline était également inscrite. « Je fus très attirée par lui dès que je le vis, et lorsqu’il lut une des histoires qu’il avait écrites en classe, j’eus le sentiment que nous avions des idées et des impressions communes sur la vie. Je suis allée le trouver pendant l’interruption du cours et me suis présentée ; je lui ai dit alors que j’avais adoré son histoire. Puis je lui demandai s’il aimerait prendre un café à la cafétéria de l’université après le cours et me sentis complètement stupide lorsqu’il me répondit qu’il devait rencontrer quelqu’un — j’ai pensé alors qu’il avait une petite amie ou qu’il était marié. « Le cours se poursuivit et tous deux nous lûmes nos écrits. Nous échangeâmes quelques regards et quelques mots, et je ressentis vraiment quelque chose quand nos regards se croisèrent. Quand il ne resta plus que deux cours avant que l’année se termine, je décidai de prendre le risque d’être rejetée en me disant que, si je ne faisais rien, nous pourrions fort bien ne jamais nous revoir après la fin des cours. Par conséquent, je lui demandai à nouveau s’il voulait prendre un café après le cours. Il me répondit que non. Un long silence intervint, puis il me dit : “ Je dois raccompagner mon frère à la maison : nous vivons ensemble. ” Je forçai un peu les choses. “ Êtes-vous marié ? ” lui demandai-je. “ Non, dit-il, je n’ai même pas de petite amie. — Eh bien, dans ce cas, donnez-moi votre numéro de téléphone, lui dis-je, je vous inviterai avec votre frère à un dîner que je donne la semaine prochaine. ” » Hugues fut attiré par Caroline dès le premier cours, mais il est timide. Il fut grandement soulagé quand Caroline fit le premier pas et lui fit savoir qu’il l’intéressait. L’attention chaleureuse et amicale qu’elle lui démontra en l’invitant à ce dîner et, par la suite, en proposant d’autres choses et en leur faisant visiter la ville à lui et son frère, le rassura et l’encouragea à perdre sa timidité avec elle. Cela lui permit également de lui faire confiance plus rapidement et plus facilement. En étant disposée à prendre le risque de l’initiative, elle le rendit plus sûr de lui et il se sentit libre de se dévoiler davantage. Comme amie, elle établit un schéma de relation qui s’avéra très positif.